“L’Afrique et la crise du multilatéralisme commercial”, café diplomatique 12 octobre 2013.

 

Près de huit ans après le délai fixé par la déclaration ministérielle adoptée en 2001 pour sa conclusion, le cycle de Doha peine à trouver une issue favorable. Compte tenu de l’ambition de ce programme de négociation, un tour d’horizon de l’implication de ce qui est convaincu d’appeler « la crise du multilatéralisme » s’avère nécessaire, notamment face à l’importance du volet relatif à « l’agenda international » dans le développement socio-économique durable du Continent.

Cette question prend tout son sens à quelques semaines de l’échéance que constitue la 9ème conférence ministérielle de Bali dans l’optique d’une « récolte précoce », mais aussi de la crédibilité de l’OMC comme instance de négociation commerciale multilatérale.

Réunis le 12 octobre 2013 à l’hôtel Warwick dans le cadre du 3ème café diplomatique,  les experts d’Africa 21 se sont tout d’abord penchés sur la dynamique de négociation du cycle de Doha en évoquant notamment :

  • L’émergence des coalitions telles que le G20 agricole -évènement majeur dans la géopolitique des négociations commerciales multilatérales-;
  • Les percées réalisées (telles que l’acceptation d’un mandat spécifique pour le coton en vue d’œuvrer de « manière ambitieuse, rapide et spécifique » comme le stipule la décision adoptée par le Conseil général le 1er août 2004);
  • Les divergences entre grandes puissances (notamment la Chine, l’Inde et les Etats-Unis) sur le dossier clef de l’accès au marché (agricole et produits industriels notamment) et la question des subventions agricoles (y compris le coton) mais aussi les obstacles à la mise en œuvre effective de certains acquis (dont l’élimination des subventions à l’exportation dans le domaine agricole à l’horizon de la fin de l’année 2013);
  • L’approche en deux étapes dans l’optique de Bali et au-delà :
    • Obtenir des résultats concrets à Bali pour les thèmes suivants :

- facilitation des échanges,

- certaines questions agricoles (stocks alimentaires, administration des quotas et concurrence à l’exportation),

- question de développement (mécanismes de surveillance notamment) et question relatives aux PMA (règles d’origine associées aux régimes préférentiels plus souples, coton et dérogation concernant le commerce des services);

  • Relancer la dynamique de négociation pour les autres questions dans la phase ultérieure.

 

Puis, à la lumière des coalitions impliquant les pays africains (C-4, PMA, groupe africain, groupe des Etats ACP, G33, mais aussi -dans une moindre mesure- le G20 agricole – puisque 5 pays africains y font partis) les experts ont fait le tour d’horizon des intérêts africains dans les négociations. Les enjeux suivants ont notamment retenus l’attention :

  • Les dissensions entre les PMA africains et les PMA asiatiques dans l’optique de l’initiative « Accès au marché sans contingent et droit de douane » compte tenu de l’impact sur les préférences dont jouissent ces premiers sur le marché américain à travers l’AGOA pour des exportations clefs telles que le textile et l’habillement ;
  • L’importance de l’assistance technique et du renforcement des capacités à titre effectif comme condition sine qu’anone à un programme de « facilitation des échanges » réussi à la lumière des résultats escomptés à Bali ;
  • Le rôle clef joué par les stocks alimentaires dans l’optique de la sécurité alimentaire et donc à ce titre la perspective stratégique poursuivie par la coalition dite du « G33 ».

 

De même, à la lumière des initiatives dites « Méga-régionales » (telles que le Trans-Pacific Partnership) en cours –comme moyens choisis pour contourner la crise du multilatéralisme- les experts se sont brièvement penchés sur les implications pour l’Afrique en indiquant néanmoins qu’une réflexion approfondie sur ces questions s’avère nécessaire.

Finalement, les personnes présentes ont soulevé l’importance de la diversification commerciale, de la création de valeur ajoutée mais aussi des réformes en vue de la facilitation des échanges dans l’optique d’une insertion réussie de l’Afrique dans le système commercial multilatéral.

Pour ce faire, ils ont salué les initiatives de l’aide pour le commerce telles que le Cadre intégré renforcé et ont appelé les Etats africains à un pilotage stratégique de ces programmes (notamment à travers le monitoring et la transparence) en prenant compte notamment des opportunités nouvelles qui s’offrent pour les pays émergents.