Conférence d’auteur : “Planète, sauvetage en cours. Une responsabilité collective” par M. René Longet, mardi 21 février à la Maison de la Paix à Genève

Les conférences d’auteur de l’association Africa 21

avec le soutien de la Bibliothèque du Graduate Institute of International and Development Studies

« Planète, sauvetage en cours. Une responsabilité collective », par M. René Longet       

 

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L’auteur :
René Longet, né en 1951 à Genève, licencié en lettres de l’Université de Genève, est auteur de nombreux ouvrages et articles sur les enjeux du développement durable.

Il bénéficie d’une longue expérience d’élu politique (député au Grand Conseil, membre du Conseil national et Maire de la Ville d’Onex,) et d’une expertise avérée des thématiques du développement durable pour avoir été membre de la délégation suisse lors des trois sommets du développement durable (Rio de 1992, Johannesburg 2002 et Rio + 20 de 2012). Il est actuellement impliqué dans le monde associatif genevois comme président de la Fédération genevoise de coopération et membre du comité d’APRES-Genève. Ce parcours a permis à Monsieur Longet d’ériger les thèmes de la cohérence des politiques publiques en matière de développement durable, de politique au service du bien commun et du dialogue démocratique autour de valeurs humanistes au cœur de son engagement pour la préservation de la Planète et de la responsabilité qu’elle met à notre charge.      

Le résumé par El Hadji Malick SANGHARE.

S’il y’a des ouvrages qui font avancer l’acceptabilité du concept de développement durable, la troisième édition de l’ouvrage de M. René Longet « Planète, sauvetage en cours. Une responsabilité collective » en constitue véritablement un. Cet ouvrage à cheval entre le discours académique et celui informationnel s’inscrit au cœur d’un débat actuel, celui du développement durable ou plus exactement de sa mise en œuvre pertinente par tous les acteurs qu’il concerne. En effet, de sa lecture, l’adjectif « Légitime » suffit amplement pour éclairer de sa teneur.

Légitimité d’abord sur le plan formel par la concision de l’ouvrage malgré la largesse des thèmes qui y sont abordés. L’ouvrage est dans son ensemble de 144 pages divisés en 8 chapitres traitant dans une approche systémique des questions d’une grande complexité substantielle.

Légitimité ensuite par sa dimension actuelle tant dans les thèmes traités, comme ceux du réchauffement climatique, de la régulation de l’activité économique à des fins de préservation de la nature et de la biodiversité ou simplement de par la thématique de la lutte contre les inégalités mondiales pour un développement juste et équitable, des thèmes qui font sens dans notre monde d’aujourd’hui. Légitimité enfin, par l’engagement militant qu’on perçoit dans les propos et faisant écho à celui de l’auteur pour la cause écologique, autant sur le plan national qu’international. Un militantisme qu’il convient d’ailleurs de saluer, car il est à équidistance de l’extrémisme idéologique ne prêchant que pour sa paroisse et oubliant de ce fait le pluralisme des idées qui se noue autour du débat sur le développement durable.

Au fond, les propos de l’auteur portent une thèse : celle de la centralité du développement durable et de l’universalité des responsabilités qui en découlent. Cette thèse s’appuie d’abord sur un état des lieux des enjeux du développement durable dès les premiers chapitres que l’auteur illustre par la mise en évidence de données scientifiques et techniques rappelant l’urgence de l’intégration des principes du développement durable dans la résolution des défis écologiques et économiques actuels.

S’en suit alors, des éclairages appropriés sur le contenu du développement durable ainsi que les différents niveaux d’implication et d’action permettant sa mise en œuvre. Le chapitre 3 de l’ouvrage met en particulier la lumière sur la cohérence des textes internationaux et nationaux qui impulsent la notion de développement durable alors que le chapitre suivant revient de manière détaillée sur les conditions et intérêts de sa mise en œuvre à tous les niveaux de la sphère publique et sociale. C’est ainsi que la problématique de la gouvernance, compatible avec cette mise en œuvre, est engagée dans ce quatrième chapitre, en indiquant ses niveaux d’exercice du « Local au Global » et inversement. Certes, on retrouve peu dans cette partie la critique de la gouvernance mondiale et surtout onusienne. Mais la lecture croisée de ce chapitre 4 avec le chapitre 6 vient atténuer ce sentiment et éclairer sur les pesanteurs qui affectent cette gouvernance mondiale du développement durable que sont : «  la politisation outrancière de l’action internationale, les logiques souverainistes de certains États et enfin la culture de la diplomatie du compromis, même bancal ». Il n’empêche qu’au fil de l’ouvrage, on s’aperçoit que cette gouvernance onusienne tout en étant imparfaite est à la pointe de nombreuses avancées sur l’intégration du développement durable dans les matrices conceptuelles du développement économique et social.

À l’inverse, ce que l’on retrouve de manière remarquable dans cet ouvrage : c’est la critique de la logique prédatrice de l’activité économique mondiale. Cette activité économique qui peine à changer de postulat et pire encore, s’installe dans une forme d’hégémonie du fait d’une complaisance ou subordination des pouvoirs politiques. Sur ce point, on retiendra l’importance donnée dans l’ouvrage aux concepts d’empreinte écologique, d’externalité, d’économie circulaire ou de contrat intergénérationnel qui, de ce point de vue, font plus que tracer une voie à suivre, pour inciter à une vraie prise de conscience globale.

La description des différentes initiatives des organisations de la société civile pour tenter d’infléchir cette logique semble alors s’inscrire dans ce mouvement de conscientisation dont l’essence n’est pas tant la remise en cause du modèle économique capitaliste que sa régulation. Un positionnement heureux que l’auteur a le mérite d’adopter et de démontrer à travers l’exégèse des outils de régulation existant comme : la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), les normes ISO et les programmes internationaux de régulation des activités économiques mis en place. Car il ne faut pas l’oublier, le développement durable est tout aussi économique qu’écologique et les opposer ne conduirait qu’à des impasses.

Quid du développement durable au niveau national des États ? L’auteur a choisi d’engager ce champ en le cantonnant au contexte national suisse dans le chapitre 7 de cet ouvrage. Un choix pertinent et sans chauvinisme, car parler de ce qui se fait de concret dans un pays, est loin d’être dénué d’intérêts dans un monde interconnecté où le mimétisme institutionnel fonctionne à plein régime. On retiendra dès lors que dans le contexte suisse, la logique d’appropriation citoyenne du développement durable y est essentielle. Cette appropriation citoyenne se couple d’une certaine façon avec une logique d’impulsion dont les pouvoirs publics sont dépositaires en vertu de leurs engagements internationaux et nationaux. L’analyse du cadre suisse montre avec évidence cette imbrication dont la répartition obéit à la logique institutionnelle du pays sans oublier sa dimension extérieure incluant l’aide publique au développement (APD) pour les pays les moins avancés.

Ces développements mis bout à bout nous amènent au dernier chapitre de l’ouvrage qui à sa manière restitue le titre de l’ouvrage en s’intitulant au « milieu du gué ». Cette métaphore montre que la forme que prendra notre futur dépend de l’exercice de nos responsabilités et que certes, il y a des avancées incontestables pour le développement durable, mais que celles-ci méritent d’être accentuées dans l’intérêt de la planète et de ceux qui la peuplent.