la place du microcrédit dans l’Agenda de développement post-2015 de l’ONU, synthèse du dîner-conférence du 2 décembre 2014

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Résumé par Armine Mkrtoumian

Le dîner-conférence organisé par le think tank Africa 21 s’est tenu le 2 décembre 2014 à Genève. Très animé et de grande qualité, il a réuni membres de l’association, chercheurs, représentants d’organisations, du secteur privé et étudiants autour du thème « la place du microcrédit dans l’Agenda de développement post-2015 de l’ONU ». Dirigé par le président d’Africa 21 M. Mouhamadou Diop (chercheur à l’Université de Genève), ce débat visait à comprendre les mécanismes et les logiques qui régissent cet instrument ainsi que ses apports et ses limites dans la perspective du nouvel agenda de développement de l’ONU pour l’après OMD. M. Diop était accompagné pour cela par le Dr. Théophile Sossa qui est venu témoigner de son expérience sur le terrain à travers ses recherches et son activité au sein du Global Fund.

L’accès aux ressources financières pour les plus pauvres est au cœur du futur Agenda de développement onusien. Ainsi on trouve dans le document de travail du Groupe de travail ouvert sur les ODD, devant servir de base aux négociations politiques à venir, plusieurs références:   

  • Cible 1.4 sur l’accès des plus pauvres aux ressources économiques de base y compris la microfinance d’ici 2030;
  • Cible 2.3 sur l’accès d’ici 2030 aux petits producteurs, éleveurs et pêcheurs, entre autre, aux services financiers pour le développement de leurs activités;
  • Cible 5.a sur les réformes à entreprendre pour que les femmes aient les mêmes droits économiques que les hommes y compris l’accès aux services financiers;
  • Cible 8.3 sur la création d’emplois décents productifs et l’encouragement à entrepreneuriat grâce à l’accès aux services financiers;
  • Cible 8.10 sur le renforcement des institutions financières domestiques et l’élargissement de l’accès aux produits bancaires, à l’assurance et autres services financiers.

En effet, pensé par le Professeur Mohammed Yunus, (Prix Nobel de la paix en 2011 et fondateur de la première institution de microcrédit, la Grameen Bank) comme un moyen efficace de lutte contre la pauvreté, le microcrédit n’a cessé de se développer au cours des trente dernières années faisant ainsi l’objet de nombreuses réflexions dans le domaine des politiques internationales de développement et de lutte contre pauvreté. Consistant en des prêts de petits montants alloués aux personnes démunies, discriminées et en situation de pauvreté qui n’ont pas la possibilité d’accéder aux prêts bancaires classiques, le microcrédit permet à ces derniers de monter leur propre entreprise (souvent de services). Ceci favoriserait à long terme la lutte contre la pauvreté par le développement des initiatives locales et contribuerait à l’amélioration des conditions de vie de manière générale. En outre, une attention particulière est accordée aux femmes et à leur processus d’émancipation à travers entrepreneuriat local.

Bien que des résultats positifs soient constatés concernant le lien entre microcrédit et le succès de certaines initiatives locales (cas du Sénégal évoqué par M. Diop), il n’en demeure pas moins que certaines critiques subsistent. L’une d’entre elles, concerne la problématique du remboursement du crédit. En effet, comme l’ont souligné certains participants, il est des cas où le remboursement se révèle difficile, voire impossible. Ce qui a pour conséquence d’appauvrir les pauvres et donc de produire un résultat inverse par rapport aux attentes initiales (étant donné le risque inhérent à la création d’entreprise et les taux moyens d’usure pratiqués).  

A l’origine développé dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, tel que le prônait Yunus, des entreprises moins scrupuleuses se sont incrustées dans le système pratiquant un commerce à la limite de la légalité avec des taux d’emprunt très élevés. Ainsi, certaines pratiques musclées de remboursement sont apparues. Des cas de dérives de harcèlement sur les familles d’emprunteurs en difficulté et de véritables stratégies d’humiliation publique ont été constatés pour pousser au remboursement (les fameux « motomen »). Qui plus est, ce système entretien une sorte de dépendance envers les institutions financières ce qui empêche une réalisation complète des projets locaux.

Ainsi, plusieurs problématiques existent dans le domaine du microcrédit et nécessitent certaines considérations. Selon les intervenants à ce dîner-conférence les aspects évoqués ci-dessus représentent les nombreux défis à relever dans le domaine de la microfinance en générale afin de garantir un déploiement efficace du  système de microcrédit. Ce processus passe par une meilleure prise en compte des logiques locales, des conditions d’intervention et nécessite une réflexion profonde quant à son développement dans l’Agenda de développement Post-2015. A l’issue de la conférence, des perspectives intéressantes ont été constatées et ont permis d’enrichir le débat sur le microcrédit et les services de microfinance de manière générale. Le microcrédit a toute sa place dans l’Agenda post-2015 sous condition que les dérives constatées soient traitées et que le système du microcrédit soit mieux encadré.