Résumé de la conférence ” la finance suisse au service du développement durable de l’Afrique” du mercredi 5 juillet à l’Université de Genève

Finance verte illustration

La finance suisse au service du développement durable de l’Afrique

mercredi 5 juillet, Université de Genève

Le 5 juillet dernier, à 18h30, à l’Université de Genève, Africa 21 a organisé une conférence sur le thème de « la finance suisse au service du développement durable de l’Afrique », un événement qui a permis de mieux connaitre les différentes actions permettant d’augmenter les investissements et d’engager davantage le secteur privé dans le financement du développement durable en Afrique. Dans le cadre de cet événement, Petra Zeier, gestionnaire de portefeuille chez  Symbiotics, Maha El Masri, spécialiste des politiques d’investissement de la CNUCED et Alexis Touon, entrepreneur et spécialiste du négoce et du commerce équitable du cacao en Afrique, étaient invités à venir partager leurs expériences et leurs expertises.

 Maha El Masri, nous a fait part de ses connaissances sur l’investissement privé pour la réalisation des ODD en Afrique. Au sein de la CNUCED, la division des investissements et des entreprises est chargée d’analyser les investissements étrangers, et travaille à partir de ces analyses avec les pays membres pour mettre en place des politiques en matière d’investissement. Elle constitue notamment des stratégies afin d’orienter les investissements pour la réalisation des ODD. Depuis la mise en place du Programme des Nations unies pour le développement durable et ses 17 ODD, la participation du secteur privé est de plus en plus reconnue, notamment au sein de l’ODD n°17 consacré aux « Partenariats pour la réalisation des objectifs » où il joue un rôle crucial mais aussi au sein de l’ensemble des autres Objectifs. En effet, les investissements privés occupent une place de plus en plus importante dans la réalisation de ces objectifs. Les investissements directs étrangers sont en augmentation depuis 2002, y compris en Afrique. Or, ceux-ci sont encore trop faibles selon Maha El Masri. Selon le rapport sur l’investissement dans le monde de la CNUCED (2014), «  les besoins mondiaux d’investissement se situent entre 5’000 milliards et 7’000 milliards de dollars par an. Les estimations du montant total des besoins d’investissement dans les pays en développement vont de 3 300 milliards à 4 500 milliards de dollars par an et portent essentiellement sur les infrastructures, la sécurité alimentaire, l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à ces changements, ainsi que la santé et l’éducation ». Une forte augmentation de l’investissement à la fois public et privé sera donc nécessaire pour financer les ODD.

Deuxième intervenante, Petra Zeuer a fait état de l’évolution de la microfinance en Suisse, pays qui est « leader mondial » dans ce secteur. Il se trouve que cette branche de la finance connaît une forte croissance, notamment en Afrique Subsaharienne où elle a enregistré une augmentation de 366% entre 2010 et 2014, atteignant 357 millions de dollars[1]. Symbiotics, société de microfinance dédiée à la finance inclusive et durable dans les marchés émergents, a elle aussi connu cette dynamique en bénéficiant d’une croissance importante durant ces dernières années, avec des actifs sous gestion dépassant les 2 millions de dollars en 2016. Afin de contribuer d’avantage à la réalisation des ODD en Afrique, Symbiotics, en partenariat avec de nombreuses institutions de financement et de développement, ont lancé le 5 mai 2010 le « fonds régional d’investissement pour les micro, petites et moyennes entreprises situées en Afrique subsaharienne (REGMIFA) ».  Ce fonds a pour objectif de répondre aux besoins de financements des intermédiaires financiers africains qui octroient des prêts aux micros, petites et moyennes entreprises d’Afrique. Ce fonds aide aujourd’hui 20 pays d’Afrique Subsaharienne, dont les principaux bénéficiaires sont le Kenya et la Zambie, ayant reçu depuis le lancement du fonds des investissements atteignant respectivement 17 et 12,75 millions de dollars.

Dernier à passer, Alexi Touon nous a ensuite fait part de son expérience face au défi lié au financement de sa coopérative au Cameroun, Procabiol, de production de cacao bio, par des fonds suisse (le siège social est en Suisse). Il nous a fait part du processus de recherche de financement, auquel lui et toutes jeunes entreprises sont confrontées. Procabiol vise à avoir un impact social, de part ses objectifs de lutte pour la souveraineté alimentaire, d’amélioration des conditions des vies des jeunes, en les intégrant comme membres de la coopérative et en leur offrant une formation, ou encore d’amélioration de la situation des femmes avec un projet de culture vivrière dont elles sont les principales bénéficières. Pour obtenir des financements, il a  fait appel à un fond social. Or les procédures sont longues et difficiles, d’autant plus lorsque la demande provient d’un projet nouveau, et donc d’un environnement plus incertain pour les investisseurs. En attendant la réponse du fonds, Alexis Touon et sa coopérative ont trouvé une solution leur permettant d’assurer leur production de caco bio ; ils ont reçu de l’aide d’une ONG suisse intéressée par le projet et qui a directement pu obtenir des fonds auprès de l’Etat. Un moyen alors plus sur que de contracter un crédit lorsqu’on est une jeune entreprise.

Cette conférence illustre qu’une forte augmentation de l’investissement à la fois public et privé sera nécessaire pour répondre aux défis de financement des Objectifs de développement durable.  En effet les financements publiques jouent un rôle central pour répondre à cette problématique, mais ne suffiront pas à satisfaire tous les besoins d’investissements dans les secteurs concernés. Comme nous avons pu le voire avec la société de microfinance, Symbiotics, le secteur de la finance durable connaît des débuts très encourageants,  et il est amené à jouer un rôle de plus en plus important dans la réalisation des ODD. C’est uniquement en unissant l’ensemble des acteurs de la finance (publics et privés), que  le défi du financement du Programme de développement durable à l’horizon 2030 pourra être relevé.




[1] Source: Swiss Microfinance Investments Report. A review of the microfinance investment vehicles managed in Switzerland. Marina Parashkevova & Julia Meyer, in collaboration between Symbiotics and the University of Zurich’s Center for Microfinance. Published November 2015.