Résumé de la Conférence sur la coopération sud-sud du 28 février 2019 à l’Université de Genève

L’idée d’une « coopération Sud-Sud » n’est pas nouvelle. Apparue au sortir de la Seconde guerre mondiale, elle s’est véritablement institutionnalisée en 1978 lors de la Conférence sur la coopération technique entre pays en développement à Buenos Aires pour affirmer l’existence politique du tiers monde dans le contexte de la guerre froide. Le Plan d’action de Buenos Aires est alors adopté et fixe les principaux ressorts de cette coopération. Depuis, les relations entre les pays du sud n’ont cessé de s’intensifier et de se diversifier, les dynamiques de coopération s’étendant désormais aux domaines politiques, économiques, environnementaux et sécuritaires. Ce jeudi 28 février, s’est tenue à l’Université de Genève une conférence sur ce thème organisée par Africa 21. M. Ovalles, expert senior en matières économiques à la CNUCED, et M. Ait Slimane, Ministre Conseiller de la Mission Permanente du Maroc à Genève, sont intervenus pour partager leurs perceptions quant aux principaux défis posés par la coopération Sud-Sud ainsi que leurs attentes pour l’Afrique. La modération était assurée par M. Gervais Rufyikiri, Délégué des programmes scientifiques d’Africa 21. 

Promouvoir le développement du continent africain par le commerce et la finance.

La coopération Sud-Sud représente un véritable défi mondial. Victor Ovalles, premier intervenant, soutient qu’il existe au sein de la communauté internationale de profondes tensions à ce sujet. Pourtant, parvenir à un accord permettrait de délivrer un message très positif dans un contexte où la communauté internationale est plus que jamais divisée. Jusqu’à présent, le cadre fondamental de discussion des organismes internationaux portait sur le rôle du commerce comme vecteur de développement et les flux financiers internationaux, avec l’idée que l’engagement dans ce sens devrait être universel.

Plusieurs recherches se sont penchées sur les bénéfices et limites de l’ouverture au commerce international. La théorie de la dépendance née en Amérique latine, par exemple, soutient que l’enjeu majeur pour les pays en développement, généralement spécialisés dans la production et l’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée, n’est autre que la diversification de leurs produits. Certes, depuis 40 ans, les accords commerciaux se sont multipliés dans la région africaine. L’Union Africaine encourage d’ailleurs fortement le projet d’une Zone de libre échange continentale africaine et tente de faciliter les négociations sur ce thème. Toutefois, force est de constater que de nombreuses restrictions demeurent et que les barrières aux échanges, qu’elles soient tarifaires et non tarifaires, persistent. Ces questions sont, bien entendu, étroitement liées à la sphère financière, tous les pays n’étant pas également dotés des mêmes capacités de tirer avantage des flux financiers internationaux. Il subsiste en outre de grandes questions quant à la manière dont l’on va investir le capital dans les pays en développement (niveau de taxation pour les entreprises multinationales, incitations etc.).

« Donner ce qu’on a et recevoir ce que l’on n’a pas », c’est finalement comme cela que Victor Ovalles envisage la coopération Sud-Sud qu’il définit comme un « jeu inattendu », un défi que les individus et les sociétés ne fixent pas seuls. Car le monde est en perpétuelle mutation ce qui peut, à son sens, créer d’innombrables opportunités pour les pays en voie de développement. 

Les principales attentes du Groupe Africain pour la 2ème Conférence des Nations-Unies sur la coopération sud-sud de Buenos Aires.

Le second intervenant, M. Ait Slimane, Ministre Conseiller de la Mission Permanente du Maroc à Genève, évoque quant à lui les principaux points soumis au G77 par le Groupe Afrique en vue de la 2ème Conférence de haut niveau des Nations-Unies sur la coopération sud-sud de Buenos Aires devant se tenir en mars 2019.   Premièrement, l’idée que cette Conférence représente une occasion unique pour les pays africains de construire une véritable coopération et d’instaurer des stratégies permettant de renforcer les petites et moyennes entreprises en Afrique. De surcroit, cette coopération devrait faciliter l’aspiration des pays en développement à transformer leur économie nationale en destination industrielle compétitive, notamment par une transformation de leurs infrastructures et le développement de leurs technologies. Par ailleurs, l’Afrique devrait, en plus de promouvoir et soutenir les entreprises industrielles et l’agriculture pour assurer la sécurité alimentaire de sa population, accroître les investissements dans les ressources humaines afin de tirer parti du développement humain dans la création d’emplois et la formation. La coopération Sud-Sud devrait, en outre, fournir une plateforme pour promouvoir et renforcer le développement durable en Afrique. Enfin, les États sont appelés à créer des institutions appropriées pour renforcer leur capacité à mettre en place des structures efficaces, notamment pour lutter contre les flux financiers illicites.

Cas pratique : l’exemple du Maroc.

La question de la coopération Sud-Sud se retrouve au cœur même de la nouvelle Constitution marocaine, aussi, M. Ait Slimane soutient que les orientations du Royaume envers les pays africains sont empruntes de sincérité et d’une réelle volonté d’entreprendre une coopération solide et diversifiée dans une aire géographique au grand potentiel en termes de ressources naturelles. Le Maroc a développé un modèle innovant de coopération Sud-Sud fondé sur l’échange de connaissances et de compétences et visant à associer l’ensemble des régions et des secteurs. En effet, le pays peut être considéré comme un leader du continent au regard des questions migratoires (premier pays africain ayant régularisé la situation des immigrés), mais également des enjeux climatiques (rôle important dans l’adaptation de l’agriculture, la promotion de l’énergie renouvelable et l’exploitation durable des ressources marines en Afrique). Le Maroc s’engage en outre activement à promouvoir la paix et la sécurité en Afrique, comme lors du  Sommet africain de l’Action organisé en marge de la COP 22, durant lequel une cinquantaine de délégations africaines étaient réunies pour se coordonner en vue de la mise en oeuvre effective du développement durable.  Par ailleurs, la ville de Rabat accueillera prochainement l’Observatoire africain des migrations, instauré à l’initiative de sa Majesté le roi. L’idée sous-jacente est de répondre à la volonté de la communauté internationale de modifier les perceptions quant au phénomène des migrations pour  l’appréhender non plus comme un problème devant être résolu mais comme une opportunité de développement pour l’Afrique. Aussi, cet Observatoire devrait permettre à l’Afrique d’avoir son propre réseau de données robustes et de les partager avec les pays européens.  

La coopération Sud-Sud : vers la réalisation de l’Agenda 2030.

Ces deux interventions ont soulevé l’importance de la coopération Sud-Sud pour le développement du continent africain. En effet, il existe aujourd’hui un nombre considérable de défis ne pouvant être résolus par la coopération traditionnelle. Les attentes de cette seconde Conférence de Buenos Aires en matière d’accroissement de capacités dans les pays du sud concernent plusieurs domaines (financier, industriel, capacité de négociations etc.), l’objectif étant toujours la réalisation de l’Agenda 2030, voire de l’Agenda de l’Afrique 2063. Finalement, la coopération Sud-Sud est incontestablement une grande opportunité pour les pays africains, toutefois, il est désormais nécessaire d’élever le niveau des négociations et de renforcer les structures afin de rendre cette coopération plus performante et opérationnelle.