Stimuler les dynamiques économiques et la création d’emplois: le potentiel des politiques industrielles

Compte rendu de la conférence organisée par le Friedrich Ebert Stiftung et l’Organisation Internationale du Travail (4-5 mars 2013).

Dans un contexte marqué par les nécessités de sortir de la crise économique, les politiques industrielles – par leurs impacts en termes d’innovation technique, de stimulation des synergies entre les secteurs et de création d’emplois – jouissent d’une attention accrue au sein de la communauté des économistes et des politiques. Cet intérêt s’articule notamment à la lumière de l’orthodoxie d’une économie structurée autour d’un Etat qui veille avant tout à garantir un environnement macro-économique stable,  une réduction des distorsions de marché, une ouverture au commerce international et au flux de capitaux et une simplification des mesures administratives contraignantes

C’est ainsi que l’Organisation Internationale du Travail (BIT) a développé un pôle de recherche structuré autour de politiques industrielles novatrices ayant pour buts de promouvoir une compréhension plus complète des équilibres institutionnels, informationnels et politico-économiques nécessaires afin que la transformation productive soit un succès[1].

Pour l’Afrique, confrontée à une sur-dépendance des matières premières, la thématique des politiques industrielles est un enjeu majeur. Elle s’inscrit dans la nécessité de diversifier les économies et de créer de la valeur ajoutée à travers des transformations structurelles. L’Etat doit y jouer un rôle de facilitateur.

 

Néanmoins, les défis sont multiformes et complexes.  

Organisée conjointement par la fondation allemande Friedrich Ebert[2] et l’Organisation Internationale du Travail (OIT), une conférence intitulée « Stimuler les dynamiques économiques et la création d’emplois : le potentiel des politiques industrielles »[3] a permis de faire le point sur cette question.

Ainsi, les  thématiques suivantes ont été abordées par les participants:     

  • Les Investissements Directs à l’Etranger (IDE), les entreprises multinationales et les chaines globales de valeur; 
  • Les accords d’investissements;
  • Les politiques commerciales (et notamment du « nouveau récit relatif aux chaines de valeur et aux politiques industrielles»[4]);
  • Le financement des transformations structurelles;
  • La promotion des capabilités domestiques à travers les stratégies d’apprentissage et l’investissement concernant les infrastructures;
  • La création de celles-ci dans l’économie domestique;
  • L’expérience de l’Amérique Latine, de l’Afrique et de l’Asie.

A ce titre, point d’ancrage de la conférence, la notion de « capabilités collectives » structure les transformations structurelles avec ses deux dimensions clefs: les options qui se présentent (capacité financière, politique volontariste, ressources) et les compétences nécessaires.

Dès lors,  les défis majeurs se structurent autour des thématiques suivantes :

  • La vision des transformations structurelles ;
  • Les choix gouvernementaux ;
  • Le renforcement des dynamiques des firmes privées.

 

Néanmoins, la réussite de tels changements s’appuie sur des hypothèses de base telles que l’état de droit, le respect du droit de propriété, un niveau de sécurité minimum, ainsi que le bon fonctionnement et l’efficacité de l’administration publique, sans quoi l’industrialisation de l’Afrique ne sera qu’un rêve.

Si nombre d’intervenants se sont appuyés sur la réflexion autour de comment éviter « le piège des pays à revenus intermédiaires » (dans le processus de rattrapage des pays industrialisés), la présentation intitulée « Experience from Asia and Africa: Industrial policies in the light of global valus chains and domestic capacbilities »[5]  s’est démarquée des autres et a permis d’évoquer les points suivants:

 

  • En considérant les échecs du marché (externalités environnementales, problèmes de coordination, et lacunes en termes d’économie d’échelle notamment) mais aussi les déficiences de l’Etats (liées aux mécanismes de recherche de rentes et d’information sub-optimale), est-ce qu’une politique industrielle peut fonctionner si les problèmes politico-économiques structurels (clientélisme et compétence notamment) ne sont pas résolus ? Cette question est d’autant plus importante qu’une politique industrielle s’appuie avant tout sur un système d’allocation de ressources (entre firmes, secteurs et régions). Dans un contexte comme  Il apparait à ce titre que les liens marché/Etat dans ce contexte est avant tout une question de degrés. Ainsi, des succès non négligeables ont pu être enregistrés en Tunisie et en Egypte.
  • Dans ce contexte, quels sont les paramètres clefs de la capabilité gouvernementale ? C’est surtout dans la capacité d’établir des règles claires d’une croissance inclusive articulée autour de la cohérence des politiques décidées à divers niveaux (micro, meso et macro), d’une collaboration effective entre parties prenantes et plus largement d’un projet national de transformation productive (incluant des contraintes légales, un cadre temporel et des options de sortie). Le Kenya bénéficie de certaines avancées dans ce domaine à la lumière de sa politique nationale d’industrialisation pour la période 2011-2015 qui s’inscrit dans la stratégie de développement à long terme « Kenya Vision 2030 ». 
  • Comment s’articule le lien entre les politiques industrielles et la réduction de la pauvreté ? Cette question occupe une place particulièrement importante pour nombre de pays africains, étant donné leur statut de «  pays à faible revenus ». A ce titre, c’est notamment à travers l’établissement de structures institutionnelles pro-pauvres, des mécanismes de protection des groupes vulnérables ou encore une plus grande intégration des systèmes de production à l‘économie nationale que des mesures peuvent être prises dans ce sens. 

 

 

Africa 21 a participé de manière continue et active à cette conférence.

A ce titre, les questions soulevées avaient trait :

  • aux enjeux du développement  dans le « nouveau récit relatif aux chaines de valeur et aux politiques industrielles» (à la lumière des résultats escomptés lors de la 9ème conférence ministérielle prévue pour décembre 2013 à Bali);
  • aux mécanismes internationaux de contraintes pour les politiques industrielles vis-à-vis des intérêts de protection (règles du commerce international au regard des normes en vigueur et négociation pour les biens industriels et les mesures de protection commerciale dans le cadre du cycle de Doha);
  • aux mécanismes d’incitation issus de l’accès au marché (règles du commerce international et négociation bilatérales, régionales et multilatérales) ou des modalités de soutien international (notamment l’aide pour le commerce).



[1] Voir notamment: ILO, Irmgard Nübler, Industrial policies and capabilities for catching up: Frameworks and paradigms, Employment working paper n°77, 2011.

[3] Cette conférence s’est déroulée les 4-5 mars 2013 à Crozet, dans le genevois français.

[4] La présentation de l’Ambassadeur d’Afrique du Sud, S.E. M. Faizel Ismail, auprès de l’OMC s’intitulait: « GVCs, the New Trade Narrative and the Industrial Policy ».

[5] Tilman Altenburg, Chef de département, Compétitivité et Développement Social, Deutsches Institut für Entwicklungspolitik.