Trump et l’Afrique, résumé du débat du jeudi 22 novembre

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Trump et l’Afrique

Si la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle du 8 novembre dernier suscite encore des remous, elle sera probablement confirmée prochainement malgré certains recours. Cependant, bien des éléments de politique internationale restent encore flous alors qu’ils intéressent tout particulièrement le continent africain.

En effet, Il faut dire que l’équipe qui doit être mise en place tarde à se dessiner, entretenant une certaine ambiguïté (on peut supposer que les luttes entre différents lobbies font rage en coulisse –religieux, économiques, environnementalistes, etc.). Rien n’est écrit, tout est incertain, imprévisible, à l’image du candidat Trump. Entre extravagances et outrances de la campagne et réalité de la mise en œuvre, il y a parfois un gouffre. Après tout, on peut se demander si les promesses de campagne sont faites pour être tenues ?

Du côté des médias, une grande partie de la presse, de la radio et de la télévision africaine était plutôt enthousiaste et soutenait la candidature de Mme Clinton au détriment de celle de M. Trump qui n’avait jamais montré un grand intérêt pour l’Afrique, si ce n’est pour recycler quelques vieux poncifs (aux relents parfois racistes…).

Et pourtant, il est du devoir des analystes de se pencher sur les hypothèses de travail concernant les évolutions de la politique américaine en Afrique. C’est pourquoi, cette analyse se base à la fois sur la pratique et l’expérience de la politique africaine de l’administration américaine mais aussi sur les éléments programmatiques de la campagne du candidat Trump.

Qu’en ressort-il ?

Les changements possibles se focalisent autour de 3 grands thèmes : la démocratie, les droits de l’homme et les enjeux sécuritaires ; la question climatique ; les enjeux économiques et commerciaux.

 

Prime aux enjeux sécuritaires au détriment de la promotion de la démocratie

L’implication américaine en Afrique a toujours été faite de flux et de reflux en fonction du degré d’interventionnisme des présidents en place et du contexte international.

La présidence Obama était marquée par certaines valeurs ; on se souvient encore de son discours au siège de l’Union Africaine à Addis Abeba le mardi 28 juillet 2015 devant l’ensemble des dirigeants du Continent, dénonçant les présidents à vie, le non-respect des constitutions et le « cancer de la corruption[1] ».

Il en sera probablement tout autre de M. Trump, à la grande satisfaction (!) de certains qui se sont précipités pour lui envoyer des messages de félicitation.

Ainsi, la question de la lutte contre le terrorisme sera probablement un axe fort de la politique américaine en Afrique. M. Trump a l’intention de s’attaquer « au terrorisme islamiste radical » dans « toutes les régions du monde infectées par le mal ou complaisantes avec ses auteurs »[2]. Pour cela, il faudra « régler » le problème libyen créé par Obama et détruire les djihadistes de tout poil qui représentent une menace potentielle pour les intérêts américains. En effet pour M. Trump, Obama est responsable aussi bien du développement de l’État islamique que de l’épanouissement de Boko Haram. La présence militaire américaine risque donc d’être renforcée et des résultats seront attendus quelque soient les moyens employés[3]. Le Président Trump sera donc très probablement moins regardant en matière de promotion de la démocratie en Afrique, afin d’avoir le maximum d’alliés pour réussir sa « mission », comme il l’a annoncé clairement durant sa campagne : « tout pays qui partage notre but sera notre allié (…). On ne peut pas toujours choisir ses amis, mais on ne doit jamais manquer de reconnaître ses ennemis »[4].

 

Le grand flou climatique

L’Afrique, frappée de plein fouet par les effets du changement climatique (désertification accélérée, tempêtes de sable plus nombreuses, inondations et sécheresses plus fréquentes, etc.) compte énormément sur les résultats de l’Accord de Paris signé en décembre 2015 et sur l’accès au Fonds vert pour le climat (et ses fameux 100 milliards de dollars par an) pour financer son adaptation. Or, voilà que M. Trump a été plus qu’ambiguë sur la reconnaissance même de l’existence du changement climatique, jetant un froid parmi les responsables environnementalistes et les experts scientifiques.

Dans un « tweet » daté de 2012 et ressortit pendant la campagne présidentielle américaine, on a appris que d’après lui, le changement climatique serait une supercherie des chinois pour empêcher l’industrie américaine de prospérer[5]. En outre, sa volonté ouverte de faire des coupes dans le budget américain pour diminuer la pression fiscale sur les entreprises, n’incite pas à l’optimisme concernant l’avenir de la contribution américaine à la lutte contre le changement climatique et en particulier concernant son engagement à aider les pays du Sud à s’adapter aux conséquences du dérèglement climatique (les États-Unis sont un des plus gros contributeurs d’aide à l’heure actuelle ; ils représentent un tiers des versements effectués jusqu’à présent sur le Fonds vert). La question peut également se poser concernant la mise en œuvre effective et de bonne foi, du plan national américain de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui, il est clair qu’il est compliqué de savoir quelle orientation prendra Trump vis-à-vis des engagements américains en matière climatique. Infléchira-t-il sa position notamment face à la pression de certains groupements de la société civile, de la science ou des entreprises[6] ? Quelles réactions auront les partenaires des États-Unis sur cette question ? On pense en particulier à la Chine et à l’Union Européenne. Face à un accord qui est basé sur le volontariat, les craintes sont légitimes que la nouvelle administration américaine édulcore ses engagements.

Cette situation, sans aucun doute, poussera les dirigeants africains à se prendre en main et à réfléchir à d’autres solutions (endogènes) pour financer l’adaptation au changement climatique.

 

« Business as usual »?

L’AGOA[7] est la pierre angulaire des échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique qui ont connu leur apogée en 2008, année de la crise, en atteignant un montant total de 100 milliards de dollars d’après les autorités américaines. Depuis lors, le commerce entre ces deux régions a fortement décliné pour s’établir en 2015 à 38 milliards de dollars. Ces échanges se concentrent en particulier sur les pays de langue anglophone en Afrique de l’Est ou Australe, ou sur des pays pétroliers comme  le Nigeria ou l’Angola. Or, M. Obama a reconduit l’an passé pour 10 ans ce cadre .

M. Trump, qui a déclaré son hostilité aux traités multilatéraux commerciaux, ne s’est pas encore prononcé sur cet aspect. S’il décide de sortir les États-Unis du système multilatéral du commerce, des tensions énormes risquent d’apparaître qui impacteront les États africains[8]. Cependant, M. Trump est un personnage très pragmatique en matière d’affaires. Par ailleurs, côté africain, la fin annoncée du TPP n’est pas vécue comme une mauvaise chose car les gouvernements ne voulaient pas de cette nouvelle norme du XXIème siècle qui s’imposait à eux sans qu’ils aient pu avoir leur mot à dire.

 

Si l’inquiétude persiste quant à la dialectique maximaliste utilisée par M. Trump durant la campagne, il faut savoir faire la part des choses et essayer de comprendre ce qui est et restera comme une annonce de campagne d’un côté, et comme la position d’un businessman pragmatique, essayant dès que l’occasion se présente de flairer une bonne affaire, de l’autre. Or, pour tout bon connaisseur, l’Afrique recèle de nombreuses opportunités  pour peu qu’on prenne le temps de la découvrir et d’y investir. Demain le continent sera le plus peuplé du monde et chaque jour la classe moyenne augmente. Il est donc probable que dans les années à venir, le gouvernement américain essaiera de se repositionner sur le continent africain afin de profiter d’un marché en plein expansion. En espérant que le Président Trump fasse l’effort de découvrir le plus vite possible la véritable Afrique.

Article rédigé par Julien Chambolle, reprenant les idées développées lors du dîner conférence organisé par l’association Africa 21 (www.africa21.org) sur la même thématique.




[3] Les USA sont déjà présents dans plusieurs pays dont en particulier à Djibouti lieu du commandant militaire américain pour l’Afrique.

[4] http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/08/16/01040-20160816ARTFIG00026-pour-donald-trump-la-lutte-contre-le-terrorisme-passe-par-le-controle-de-l-immigration.php

[5] https://twitter.com/realdonaldtrump/status/265895292191248385?lang=en

[7] The African Growth and Opportunity Act (AGOA)

[8] Quid du cycle de Doha ?